Drum lung / Problématique de l’habitat pour les communautés Rroms/ Arles France

Parcours d’une communauté Rrom en trois actes :

acte 1 : Ramaneti (rester)

acte 2 : Pas de mise à l’abri

acte 3 : Laissez-nous du temps (en cours)

La semaine du 15 aout 2015, je participe à un workshop avec Claudine Doury à Arles. Je prends alors contact avec une communauté Rrom qui occupe une friche industrielle en bordure du Rhône (ancienne papeterie Étienne) pour réaliser un reportage.

Au départ, je n’ai pas d’autre ambition que produire un travail photographique pour ce workshop.

Mais cette rencontre sera pour moi inoubliable.

 

En effet, les vingt familles qui occupent les lieux sont menacées d’expulsion. Vijai, le porte-parole du groupe me fait rapidement comprendre que la seule solution pour eux c’est le travail. Les enfants sont scolarisés. Parmi les membres, certains ont ou ont eu un travail mais ce que Vijai m’explique c’est qu’il est difficile pour les employeurs de faire confiance à des Rroms et il me demande de l’aide pour lui présenter des personnes qui auraient besoin de travailleurs saisonniers.

 

Lors de ce séjour à Arles, je suis frappée par la dignité qui se dégage des lieux, des personnes, … et par la grande gentillesse, le sens de la famille et l’entre-aide au sein de cette communauté mais aussi envers les personnes qu’ils côtoient.

Leur histoire me touche et, de retour dans le Vaucluse voisin, je cherche des agriculteurs susceptibles de proposer du travail : je me heurte alors au silence. Plus que des « non », ce sont des « non réponses » : l’évitement.

Je décide alors de rencontrer des personnes de mon entourage qui justement organisent une fête en septembre pour faire connaitre la culture Rrom (3 associations : Mingafolk, Réseau Education Sans Frontière, MRAP associées à cette cause). La communauté est invitée.

Je retourne donc les voir avec une liste de contacts (associations essentiellement) et une invitation. Je suis invitée en retour à venir manger en famille parmi eux, ce que je fais le 17 octobre 2015.

A cette occasion, je rencontre Valérie (Plasticienne membre du collectif d’habitants qui les soutiennent) et Alin (jeune Rrom membre de la communauté ayant une formation universitaire en sociologie) et je montre le résultat du workshop (un carnet). Devant les réactions des personnes présentes, une envie d’agir concrètement commence à germer. Je réalise que ces images les montrent tel qu’ils sont (et non pas tels qu’ils sont perçus) lorsqu’ils disposent d’un peu de temps pour se poser et se construire. Que cette dignité est au fond rarement montrée au public.

 

Le 27 octobre 2015, à quatre jours de la trêve hivernale, alors que tout le monde commençait à espérer un répis de plusieurs mois, Vijai et les 70 personnes de la friche de Trinquetaille sont expulsés.

Seules trois familles sont relogées et pour les autres : trois nuits à plan de Campagne à Marseille annoncées sous le vocable « pas de mise à l’abri ».

A partir de ce jour, il devient alors évident que l’histoire de cette communauté doit être racontée.

L’idée d’une expo nait.

 

Je retourne alors faire des photos pour, en collaboration avec Valérie, Vijai et Alin, illustrer la suite de l’histoire.